28 octobre Saint-Pois
Pour commencer la matinée, le balisage me fait descendre jusqu’à la rivière Vire, ensuite, je dois grimper sur l’autre rive. Vous avez remarqué que Vire et rive sont des anagrammes.
La météo remettait un temps sec, ce n’est pas tout à fait le cas, par contre, le vent lui, il est tout à fait tombé . 
Les nuages s’éloignent et le soleil fait éclater les couleurs de l’automne.
Le chemin suis maintenant, le lac de Dathée, le marcheur savoure, son bonheur.

Ici, l’habitat traditionnel est fait de pierre, et pas n’importe laquelle, du granite. Du bleu de Vire.
Le patron de l’hôtel m’a expliqué ce matin que le sous-sol granitique de la région, par son inertie thermique, provoquait des décalages de température saisonnière de plus de trois semaines par rapport à la région de Caen, qui elle a un sous-sol sablonneux. Le froid de l’hiver arrive plus tard, mais reste plus longtemps.

Ces chemins creux sont vraiment typiques de ce tronçon du chemin. Ils réservent quelques surprises, parfois un gué, parfois un obstacle moins gai. Escalader, ramper, contourner, il faut trouver le moyen le moins difficile…

En arrivant à Champ du Boult, un petit panneau me suggère une bonne idée.
Je m’arrête chez Nathalie qui vient d’ouvrir son bar-tabac-restaurant-épicerie-loto. Je suis son premier client, toutes les chaises sont sur les tables. Mais elle m’en retourne une et l’installe devant le bar. Elle me sert mon grand crème puis se réinstalle devant sa TV et rit de bon cœur avec l’humour, disons basique de « Demain nous appartient ». Dans la discussion, elle m’explique qu’elle ouvre son commerce du mercredi au dimanche matin. Ses jours de liberté, elle les passe chez elle à Concarneau, à 2h de route. Ça fait 16 ans qu’elle vit comme ça.
Je découvre que pour gérer un tel établissement, il faut régulièrement suivre des « stages ». Elle vient d’en suivre un sur la vente de tabac qui a duré une journée et qui lui a coûté 430 €. Mais précédemment elle en a suivi un autre pour le débit d’alcool qui lui a pris deux journées entières et à nouveau une dépense de plus de 400 €. Ils concernent les différentes réglementations, et l’usage des outils informatiques indispensables, ce qui ne semble pas trop la motiver. 
Le village suivant, s’appelle Saint-Michel de Montjoie. Un Montjoie et un lieu d’où les pèlerins pouvaient apercevoir pour la première fois le sanctuaire qui était le but de leur voyage. En théorie d’ici, on peut donc voir le Mont-Saint-Michel. Malheureusement pour moi l’horizon est trop brumeux aujourd’hui. Par contre je peux y visiter un parc musée du granit. Toutes les explications sur l’extraction et le travail de cette pierre si dure. 
Il y a aussi une exposition d’œuvres plus récentes. 

Et la balade se continue dans cette Suisse normande, qui porte très bien son nom.


Je suis accueilli chez Monique et André, même s’ils ont habité pendant 40 ans en région parisienne, ils sont très attachés à leur région natale où ils sont revenus vivre depuis une dizaine d’années. Leur passion s’est transmettre tout le patrimoine local. Ils sont intarissables !
Bien sûr,le souper a repris les incontournables : pommeau, andouille de Vire, poisson à la normande et tarte normande, Camembert, Livarot, Pont-l’Evêque et Neufchâtel.
La conversation s’est baladée des sites historiques aux souvenirs des événements de 1944 en passant par les natifs du coin devenus célèbres (Saviez-vous que Michel Drucker était né à Vire?). J’ai appris beaucoup de choses sur le travail du granite car le papa de Monique en a vécu ainsi que sur la fabrication du pommeau, du cidre et du calva. D’ailleurs André a sorti une bouteille extraordinaire qu’il a tenu à me faire goûter, du calva distillé pour le mariage de sa grand mère maternelle en 1900! Et c’est servi dans de mignonnes petites tasses en terre cuite. 
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